Le récit de Vincent Berdagué, des Chameaux de Béziers :

Après une année 2022 festive (mariages/EVG et les 30 ans) et pauvre en compétitions, il était temps de me remettre au charbon. Le lendemain du nouvel an, je m’inscris donc au mythique Embrunman.

Pour rappel l’Embrun Man se compose de l’enchainement des 3 disciplines :
– 3.8 km de natation
– 185km de vélo avec 4000m de d+ (5000 d+ selon la police)
– 42km de Course à pied avec 450m de d+
Le tout un 15 août, souvent donc dans des conditions difficiles.

Je n’ai pas suivi de plan d’entraînement particulier mais je suis resté constant durant les 8 mois me séparant de la compétition. J’étais sur une moyenne de 10h par semaine. Ma progression la plus importante a été sur le vélo grâce à la traditionnelle sortie du samedi matin avec le club de Clapiers, qui m’a vraiment permis de passer un cap.
En même temps, quand on passe 4/5h poignée dans l’angle, ça forge le physique et le mental.

5 semaines avant l’IM, je décide de me tester sur le redoutable half altriman pour situer mon niveau de forme. Je termine 7ème au scratch grâce à un très gros vélo et une solide CAP. La forme est là, il ne reste plus qu’à maintenir jusqu’au jour J, le tout en évitant bien sûr les blessures.

Après avoir fait une analyse du parcours et des temps des années précédentes, je me fixe un objectif ambitieux de 12h30.
La stratégie de course est simple : faire une belle natation (moins d’1h05), enchaîner avec un bon vélo (je vise 26,5km/h) et finir avec un marathon en 4h.
Dans cette aventure je serai accompagné par Thibaut et Noé, avec qui j’ai passé de nombreuses heures à m’entraîner.

Le jour J :

J’adore l’ambiance et la sensation juste avant le départ. On peut sentir l’électricité dans l’air. 900 guerriers qui vont se jeter à l’eau pour espérer boucler cette course mythique. Pour beaucoup, c’est l’objectif d’une vie !

Le départ est donné à 6h pile ! Tout le monde se jette à l’eau au milieu de la nuit. Je reste calme et surtout je garde en tête la mésaventure du half altriman, où j’étais parti trop fort et où j’avais fait une crise de panique au bout de 200m.

Je pars donc à mon rythme, quelques coups par ci par là, mais globalement le départ se passe bien et j’arrive rapidement à me mettre dans ma bulle. Je nage quasiment toute le première boucle en 2 temps puis j’arrive à poser ma nage sur la 2ème boucle en 3 temps. Je ne regarde pas ma montre et je reste focus. A chaque fois je me dis la même chose 3.8km de nage non-stop c’est long.

Je sors enfin de l’eau, je regarde ma montre : 59:01 ! Je me dis que les planètes sont alignées. Je viens d’exploser mon chrono sur la distance ! Je commence à peine à courir que je sens une tape dans le dos c’est Thibaut qui a lui aussi sorti une grosse natation !

Je fais une transition rapide et c’est parti pour le gros bloc de la journée !

Des le départ ça grimpe et là c’est la folie, la côte dans Embrun est pleine de monde, en mode tour de France. On se fraie un chemin à travers la foule, c’est grisant. Evidemment je mets beaucoup trop de watts d’entrée mais bon… on se refait pas 😉

Je me sens très bien sur le vélo, il est 8h du matin, il fait frais, c’est un régal. Dans la première descente, je manque de faire un tout droit (on reconnaît là mes qualités de descendeur). Je décide donc de lever le pied et de ne prendre aucun risque dans les descentes.

Je pense à Camille et je me dis que si je me pète un truc juste avant nos vacances elle va me tuer !!

Le parcours vélo est magnifique, je me régale en regardant le paysage. La première boucle au dessus du lac de Serre-Ponçon est vraiment superbe. On se dirige ensuite vers le terrible col d’izoard par Gillestre. Il faut remonter toute la vallée et c’est là que les soucis commencent …

J’ai chaud et j’ai du mal à m’alimenter. Je me fais doubler par beaucoup de concurrents dans la montée ce qui me met un coup au moral. La fin du col est raide et en plein cagnard, sans ombre pour s’abriter. J’arrive au sommet du col à 11h15. Le col de l’izoard prend son dû.

Je m’arrête au sommet pour un ravitaillement express, je récupère ma musette avec ma nutrition pour la seconde partie de la course. A ce moment je suis rejoint par Thibaut. Decidement on ne se lâche pas !

J’entame la longue descente qui me permet de récupérer. Le retour sur Embrun est un enfer, il reste 80km à faire avec un vent de face, une chaleur accablante, le tout parsemé de pétards à 10%. Je sens mon niveau d’énergie physique et mental baisser au fur et à mesure du retour.

Niveau alimentation plus rien ne passe. J’essaye d’alterner entre salé et sucré mais sans succès. Dans ma tête je ne pense qu’à une chose : jeter le vélo !! On vois là la folie des triathletes, car je me disais : vivement que je puisse enfin courir !

J’arrive enfin sur Embrun après 7h30 d’effort, avec une moyenne de 24,9km/h, loin de mon objectif initial mais ça reste la dure loi de l’Embrunman, la course est imprévisible …

Je me change sur ma chaise en me demandant ce que je fous là. Il est 14h30, il fait 34 degrés, j’ai juste envie de me plonger dans le lac et de boire une bière bien fraîche. 2 jeunes kiné viennent vers moi pour me masser, je décline la proposition, pour moi je ne mérite pas de confort tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie.

Et c’est parti pour la marathon ! le parcours se compose de 3 boucles de 14km avec 150m de d+

En sortant du parc à vélo je croise Thibaut qui est en train de se changer. J’entame la première boucle avec un ravitaillement : je plonge ma tête dans une bassine et je bois 3 verres de Saint-Yorre en mangeant mes bonbons énergétiques. Étonnamment, je trouve que mes jambes répondent bien et je commence ma course à 5min au kilo.

Je m’arrête à chaque ravitaillement pour boire et me rafraîchir. J’arrive à boucler la première boucle, mais après à 14km, la motivation n’est plus vraiment au rendez-vous et je sens que je ralentis de plus en plus… après tout pourquoi se faire si mal ?

Vers le 16eme kilomètre, Thibaut me rattrape, je vois qu’ il a des bonnes jambes. On décide de courir un bout de chemin ensemble accompagnés par un pote à lui qui nous suis à vélo, qui nous encourage et nous ravitaille en eau. Et c’est là que la magie opère, Thibaut accélère et j’arrive à le suivre, je me sens même de mieux en mieux. On court et on se motive ensemble, les Km défilent et on double beaucoup de concurrents.

C’est la que je vois la force du mental : 1h plus tôt, j’étais au fond du seau et là je me sens voler ! La décision de courir ensemble a été un vrai game changer. On attaque le 3ème tour où je croise Mike qui était venu m’encourager, cela me redonne un coup de boost énorme. On continue à maintenir un super rythme avec Thibaut, même si clairement les jambes sont explosées, on tient grâce à la tête.

Depuis le km 30 je n’arrive plus à manger. j’ai vraiment l’impression que mon ventre est une décharge. Je suis à 2 doigts de vomir et je sais que je ne pourrais plus rien avaler jusqu’à la fin. Vers le km 39 je sens ma vision s’obscurcir, comme si la nuit était en train de tomber. Je suis en train de faire une belle hypo comme prévu ^^ Thibaut se sent fort et accélère sur les derniers km, j’essaye de m’accrocher et je serre les dents jusqu’à la ligne d’arrivée.

Je termine le marathon en 3h51.

Une fois la ligne d’arrivée franchie un sentiment de libération m’envahit, je suis complètement vidé mais fier d’avoir accompli cette belle aventure qui aura duré 12h35.

Sur le moment je suis livide, au bord de l’évanouissement et je me dis : plus jamais !!! Clairement ce n’est pas du sport santé ! L’Embrunman est vraiment une boucherie !

Mais les sensations uniques que cela procure restent, elles, gravées dans ma mémoire tandis que la douleur est éphémère.

Maintenant, place aux vacances bien méritées avec Camille et à la coupure. Le corps et la tête en ont besoin. En écrivant ces lignes au fin fond de l’Indonésie, je suis doucement en train de de penser à mon aventure pour 2024.

Un IM me fait particulièrement de l’œil : L’Alpsman ! Pour 2 raisons : un parcours qui me plaît autour d’Annecy et surtout le club des Chameaux qui y sera présent en force. Rien ne vaut une épreuve où l’on peut partager avec ses amis et la famille pour créer à nouveaux des souvenirs inoubliables.

***

Fin du récit, merci à Vincent d’avoir partagé ces moments inoubliables. Et c’est confirmé : Vincent est inscrit à l’AlpsMan 2024, qui réunira de nombreux Chameaux. A bientôt donc pour la suite de nos aventures !